Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 22:35

SI LA FRANCE N'A PAS SU VIVRE AVEC L'ALGERIE,  ELLE  N'A SURTOUT PAS SU LA QUITTER.

Le camion n'ira pas plus loin.  Des grosses pierres et des troncs d'arbre avaient rendu la route impraticable. Toute la famille descendit, chacun tenant en main un sac ou un baluchon, des vêtements surtout. Monsieur C. descendit aussi et marcha au milieu des enfants jusqu'au barrage. Reconnaissant l'adjoint du maire, un homme vint lui serrer la main

«  Vous n'auriez pas vu H. le pompiste il a tenu à aller travailler malgré les événements, et ici on s'inquiète pour lui…»

« La station est fermée. Ils y ont dressé un barrage »

Une rue du village porte aujourd'hui le nom du pompiste.

« Nous avons éloigné les femmes et les enfants et ces pierres sur la route c'est pour retarder  les voitures,  le temps de fuir en cas d'attaque»

« Tout peut arriver on ne sait plus ce qui se passe. Soyez prudents le temps d'y voir clair. »

« L'armée et la police pourraient protéger les gens… »

Manu est un policier lui aussi et il nous avait bien protégés de l'homme au chapeau.

L'enfant aperçoit son oncle il quitte le cercle et fonce vers lui, vers enfin quelque chose qui ne représente pas la peur et l'angoisse. Laissant les grands avec leurs problèmes il se réfugie auprès de cet oncle qui  l'emmenait souvent se promener sur les quais. L'oncle le prend l'enfant par la main et fait signe au reste de la famille de le suivre.  Quelques pas plus loin l'enfant se retourne pour voir son père qui parlait encore avec  Monsieur C.

« Ne t'en fais pas, il va venir » lui dit son oncle avec un sourire qu'il voulait rassurant. Apparemment ça ne marche pas parce que sans savoir pourquoi il se met à pleurer et à appeler son père. Son oncle le prend dans ses bras  puis le met sur ses épaules comme lorsqu'il l'emmenait sur les quais mais rien n'y fait, il continue à pleurer et à appeler son père.

Le lendemain la famille s'installe dans une maison vide, l'enfant était étonné du nombre de maisons vides qu'il y avait dans le village négre. Il y avait deux petites fenêtres carrées qui donnaient sur une cour où des femmes étaient toujours en train de laver quelque chose avec un enfant attaché au dos.

Sa mère avait beaucoup à faire pour rendre la maison habitable.

« Tu peux sortir jouer mais ne t'éloigne pas »

Il n'y avait pas d'enfants avec qui jouer. Son oncle lui dit que les enfants sont dans la forêt pour chercher du bois.

«Il y a longtemps que les livreurs de bouteilles de  gaz ne travaillent pas.»

Les gens se méfiaient de ces nouveaux venus.

« On ne sait pas ce qu'ils ont fait »

« Ils sont peut être impliqués dans le meurtre de la femme du stade »

 L'OAS pourrait venir les chercher jusqu'ici »

 « Ils ont toujours vécu dans le village avec les européens et maintenant que ça va mal ils se rappellent qu'ils sont arabes »

Un peu avant midi un camion et une voiture sont au barrage. L'enfant reconnut la voiture du boulanger mais son père l'empêcha d'y aller. C'était l'adjoint du maire et le boulanger qui revenaient avec de l'huile et de la farine et des provisions pour tout le monde. Plus personne ne regarda de travers l'enfant qui s'était même fait deux amis.

Avec ses nouveaux compagnons il allait à la montagne pour regarder les bateaux partir. Il en venait beaucoup ces derniers temps et les gens qui partaient venaient dans des cars, des camions, des bus. Ce mouvement de foule l'intrigua et ne put s'empêcher de penser aux amis qu'il avait laissés au village.

« Je veux descendre au bord de la route pour voir les voitures de plus prés, vous venez ?  »

« Tu es fou, c'est dangereux et nos parents nous l'ont interdit » 

Ils aperçoivent une grosse fumée noire au milieu de la grande ville.

« C'est quoi ? »

 C'est l'indépendance »

Il ne comprit rien et voulut leur dire que c'était de la fumée et quand il y a fumée il y a forcément feu mais comme il n'avait jamais entendu ce mot et qu'ils étaient plus grands que lui il n'insista pas.

« Maman c'est quoi l'indépendance »

« C'est des affaires de grande personnes, n'en parles pas tu pourrais nous attirer des ennuis »

« C'est vrai que le feu est une affaire de grandes personnes » se dit-il en reconnaissant que ses nouveaux compagnons avaient raison.

Il décida de ne pas faire la sieste. De toute façon, ici elle n'était pas obligatoire et sa mère n'avait jamais insisté pour qu'il la fasse. Il ira sur le bord de la route voir les voitures de plus prés.

Assis entre un muret et un buisson il regarde les voitures qui se dirigeaient vers le port. Reconnaissant la voiture de Monsieur C  il sortit de sa cachette et leur fit un grand signe.

« Tu ne devrais pas être ici toi ! »

« Où allez-vous tous ? Où vont tous ces gens ? »

«On va prendre un bateau… C'est l'indépendance »

Il eut une brusque pensée pour le village, sa maison, ses amis.

«Mais je n'ai pas vu de fumée du côté du village… et notre maison … »

« Elle n'a rien ta maison tu pourras y retourner bientôt. »

« Tu ne veux pas dire au revoir à Marité ?»

« Non ! Elle me fait toujours tomber du vélo »

Monsieur C ne put retenir une larme, et la gorge serrée :

« Je crois que cette fois ce serait bien que tu ailles l'embrasser »

« Pourquoi » Fit il, intrigué par le ton de l'adjoint maire.

« Nous partons très loin et pour très longtemps »

Ils ne savaient pas où ils allaient ni où ils finiraient.

Marité qui était plus âgée que lui pleurait, sa mère essayait de la consoler mais elle pleurait aussi. Quand elle l'embrassa ses larmes mouillèrent ses joues.

« Tu vois maintenant c'est toi qui me fait pleurer »

« Pardon Marité, tu sais des fois je tombais tout seul et je disais que c'était toi. »

« Et tu allais pleurer chez maman pour qu'elle te donne un morceau de chocolat »

Elle réussit à sourire derrière ses larmes.

C'est cette image qu'il garde d'elle. Des yeux verts illuminés qui souriaient et d'où sortaient de chaudes larmes. Un sourire qu'un rideau de larmes ne put ternir.

Peu de temps aprés, la famille retourna au village. C'était presque un désert, il y avait encore le vieux Michel et son accordéon, notre voisin le boulanger et Madeleine l'épicière. Elle n'ouvre plus son épicerie, toute la journée elle est à la station des cars à attendre le retour de son fils qui ne revient pas de la ville. Elle demande à tout le monde s'ils n'ont pas vu son Roger. Quelqu'un lui a déjà dit l'avoir vu mort devant le prisunic le jour des grandes émeutes mais elle ne l'a pas écouté.

Un soir qu'il faisait très chaud ses parents sortirent deux chaises pour s'asseoir sur le trottoir, c'était comme ça d'habitude sauf que cette fois aucun voisin ne vint se joindre à eux :

« Pauvre Manu, tout le mal qu'il s'est donné pour construire cette maison… »

« Hé oui ! Il n'a pas eu le temps d'en profiter… J'espère qu'il épousera Gaby en France »

« Moi je me demande comment ils vont faire  pour s'habituer là bas »

Par GHERRAM
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Jeudi 26 novembre 2009 4 26 /11 /Nov /2009 22:32

SI LA FRANCE N'A PAS SU VIVRE AVEC L'ALGERIE,  ELLE  N'A SURTOUT PAS SU LA QUITTER.

 

L'homme a cinquante ans et l'enfant cinq. Quarante cinq années les séparent. Depuis quarante cinq ans, chaque fois que l'homme plonge dans son passé il a cinq ans, il est dans cette pièce presque en sous sol avec deux fenêtres à ras du trottoir, l'une au sud et l'autre plus grande à l'ouest. Lumière et soleil s'étaient entendus pour bercer cette pièce. Il y faisait bon et il faisait bon y vivre. L'hiver les tuiles rouges emmagasinaient la douce chaleur du soleil pour généreusement la restituer le soir et l'été, brise de terre le jour et brise de mer la nuit tempèrent la chaleur en empruntant le corridor formé par les deux fenêtres.

L'enfant est accroché à la longue robe de sa mère et regarde son père debout devant la fenêtre sud hésitant à répondre aux injonctions menaçantes qui venaient de dehors. « Ouvrez cette fenêtre »

Le père regarde vers ses huit enfants et se résigne à ouvrir la fenêtre, frêle rempart qui aurait volé en éclats au moindre assaut. Il accroche à sa ceinture dans le dos la petite hache qu'il avait dans les mains, lance encore un regard vers sa famille et ouvre la fenêtre. La fenêtre sud, celle par où entrent le soleil le plus chaud et la lumière la plus dense de la journée.

Imperméable clair et chapeau noir. C'était le printemps, mais celui qui est debout sur le trottoir devait avoir de bonnes raisons de s'habiller comme ça. Image que continue à entretenir les films policiers. Le buste légèrement incliné pour être à la hauteur de la fenêtre, celui qui semblait être le chef entame une discussion avec le père. L'enfant n'écoute pas les paroles, il est subjugué par l'air affable du visiteur qu'écrasait la lumière d'un mois de mars pas comme les autres. Il ne comprend pas pourquoi les visages autour de lui sont terrorisés. Les visiteurs n'avaient pas l'air méchant, surtout celui qui parlait, il avait une expression angélique. Même quand il s'est mis à tournoyer une arme il avait toujours cette expression angélique.

Un bruit sourd fit se retourner l'enfant pour voir l'ainée de ses sœurs s'affaler. La vue de l'arme surement. Le père est impassible, il n'esquisse pas le moindre geste et l'enfant ne comprend pas. Il comprit, mais bien longtemps après pourquoi son père ne bougea pas mais ne peut le lui dire. Il partit bien avant, quand l'enfant n'était encore qu'un enfant.

Un cri horrible déchire le silence de l'après midi. Les enfants n'avaient pas le droit de jouer à cette heure, c'était l'heure de la sieste. Une institution sacrée dans ce village de pêcheurs qui prennent la mer peu avant le coucher du soleil. Une panique s'empare de la pièce, un concert de pleurs et de cris, l'enfant s'agrippe un peu plus fort à la robe de sa mère et regarde vers son père qui ne bouge toujours pas.

L'expression angélique de l'homme au chapeau disparait brusquement, il se retourne, lève la tête et irrité  « Refermez cette fenêtre et ne vous mêlez pas de ça, Monsieur »

Il s'adressait au voisin, le boulanger qui n'a surement pas supporté les cris et pleurs des enfants et qui semblait insister « S'il vous plait retournez chez vous et laissez nous faire notre travail » dit il toujours en regardant dans la même direction. A ce moment et quand il s'apprêtait à refaire face à la maison arrive Manu et pendant qu'il discutait avec l'homme au chapeau qui visiblement s'irritait de plus en plus, Jeannot le frère de Manu vint se joindre au groupe aussi. Manu était la fierté du quartier voire du village. Après avoir obtenu le certificat d'études primaires il réussit à devenir agent de l'ordre public. Il travaillait dans la grande ville et quand il rentrait il troquait aussitôt son uniforme contre une tenue de bricoleur. Avec son frère ils avaient construit une belle maison à la place de leur vieille maisonnette. Elle était presque finie et leurs vieux parents aimaient s'installer sur la grande terrasse à contempler la mer et les bateaux qui prenaient le large à la recherche de la sardine.

Silencieux, Jeannot se contentait de regarder son frère palabrer avec l'homme au chapeau tout en surveillant ses acolytes. Le boulanger aussi ne tarda pas à arriver, suivi du menuisier et l'un après l'autre tous les voisins arrivèrent autour de la maison. On les voyait des deux fenêtres, celle du sud et celle de l'ouest. S'ensuit une grande cacophonie, tout le monde avait quelque chose à dire et le mot « enfants » revenait souvent. Devant ce bouclier humain l'homme au chapeau s'éloigna suivi de ses hommes. Ils étaient trois ou quatre, pas plus.

Le menuisier qui était aussi l'adjoint du maire s'approche du père « Vous ne pouvez pas rester, il faut partir ; ces gens viennent de la ville ils ne vous connaissent pas ils ne font pas de différence. »  En clair ça voulait dire qu'ils font la différence entre un arabe et un européen, entre un musulman et un chrétien entre un indigène et un colonisateur. A ce moment s'écrivait une des dernières pages de l'histoire de l'Algérie Française, une de ses plus douloureuses. Ca voulait dire aussi que la famille va devoir rejoindre un quartier arabe ou le village négre comme l'appelait les européens.

« Je pourrai aller chez mon frère pour quelque temps »

Une heure après un gros camion arrive, sûrement du garage de la commune qui se trouvait juste à deux pâtés de maison plus haut. Entre temps tous les voisins étaient restés autour de la famille. Ca parlait d'évènements graves qui se passaient en ville tout en réconfortant les enfants effrayés.

« Ca ne va pas durer longtemps, les choses vont redevenir comme avant »

« Oui mais ils pourraient revenir le soir et en nombre »

« Ne prenez que l'essentiel »

Au moment de partir, Monsieur A. le boulanger se rappela que la milice avait dressé un barrage au niveau de la station d'essence. Aussitôt Monsieur C. le menuisier prit place à côté du chauffeur. Etiennette et quatre autre hommes grimpèrent dans la benne et le camion démarra. Toute la famille s'allongea au centre du camion pour passer au barrage.

Quand le camion fut à hauteur du barrage Etiennette leur lança un joyeux « Algérie Fran-çaise » en levant le poing.

Cent mètres avant le village négre se dressait un autre barrage à celui-ci c'est le père qui dut se montrer et expliquer la situation.

Par GHERRAM - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 4 avril 2008 5 04 /04 /Avr /2008 12:50

« Vous êtes très gentils mais maintenant il faut que je rentre chez moi »

Quand ces mots arrivent à mon ouïe je ne sais pas quoi en faire, où les ranger, aucune partie de mon cerveau n’était préparée à recevoir d’elle de telles paroles.

Je lève la tête, elle me sourit. Je l’ai souvent vue sourire comme ça… à la boulangerie, chez le marchand de légumes, à la mairie ou au facteur qui venait chaque fin de mois lui verser sa petite pension, mais à moi jamais. Elle ne m’a jamais souri comme ça à moi. Ce sourire gentil et de circonstance c’était pour les autres, jamais pour moi. Moi je suis son fils et quand elle me sourit c’est autre chose. Quand elle me  sourit ses yeux brillent, pétillent. Quand elle me sourit je redeviens un enfant et aussi loin que peuvent remonter mes souvenirs il a toujours été le même, il n’a pas vieilli. Les rides et les plis sont pour les autres parties de son corps, par pour son sourire. Si les années qui passent ont laissé leur trace sur son visage, si le temps, tel un artiste a sculpté son oeuvre irréversible sur elle, ils n’ont eu raison ni de son sourire ni de la flamme qui l’anime et qui fait briller ses yeux. Et si maintenant je ne les vois pas, ce n’est pas qu’ils ont disparu mais c’est parce qu’elle ne me reconnaît pas. Je suis un étranger pour elle. Etranger pour ma mère. Ce sourire que je vois dans son visage n’est pas pour moi. Un instant, comme pour me mentir à moi-même, ultime et vaine parade je me retourne pour apercevoir un quelconque passant, un mendiant un voisin, n’importe qui à qui j’aurais offert ce sourire. Moi je n’en voulais pas. Il m’annonçait de mauvais jours à venir. Je baisse la tête. Je ne veux pas qu’elle voie l’expression désemparée qui s’est glissée en moi, je veux pas qu’elle lise mon désarroi . Je regarde les arabesques du carrelage que je connais par coeur. Je me surprends à en admirer les lignes. J’aurais voulu qu’une larme vienne mouiller mes yeux pour m’aider à supporter cette lourde peine. Mais rien ne vint. Grosse tristesse et point de larmes. Amer, je me rends compte que la terrible maladie a encore progressé. Telle une armée d’envahisseurs avançant méthodiquement vers un pays sans défenses le prenant hameau par hameau. Celui qui venait de tomber fait très mal. C’est le mien, celui de la chair de la chair, celui où cohabitent les âmes des êtres chers.

" Rentrer chez toi? Tiens donc je ne savais pas que tu avais un autre chez toi"

Je dis ça sur un ton taquin, sans trop y croire, je lance ces quelques mots beaucoup plus pour me réconforter, pour quitter cet état bizarre dans lequel j’étais plongé et que je n’aimais pas.

«  Et comment donc! Une belle maison tu sais! tu devrais venir la voir un jour. » Elle m’invite chez elle.

Je me lance dans des explications, je remonte le temps étape par étape, histoire après histoire, souvenir après souvenir cherchant celui qui la ramènera. Mais rien n’y fait.

 "Mes enfants doivent commencer à s’inquiéter tu sais ça fait longtemps que je suis avec vous"

"Et moi qui je suis alors et ici tu es où" Ces paroles; aussitôt prononcées je les regrette, je lis comme une détresse dans ses yeux. 

Un peu perdue, elle fait mine d’accepter mes explications mais c’est juste pour être gentille avec ce gentil étranger qui lui ouvre sa maison et son coeur. Je sais qu’elle fait juste semblant de me croire, je le sais parce que son sourire ; mon sourire à moi celui qu’elle me réservait n’est pas celui qu’elle m’adresse en ce moment. Je suis un étranger. 

Me sourira t elle encore une fois ? Ce sourire le reverrai je un jour ?   

Par GHERRAM - Communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Vendredi 4 avril 2008 5 04 /04 /Avr /2008 11:27
Je me demandais ce que je pourrais bien faire de cette journée. Vais je encore passer ce premier jour du week end collé à mon micro à bêtement jouer aux cartes contre une machine ou me décider à enfin réparer cette maudite pompe d’eau qui a rendu l’âme depuis plus de deux ans. Il ne s’agit pas d’une pompe à eau d’une bagnole (d’ailleurs je n’en ai pas), mais d’une pompe qui alimente la maison à partir d’une citerne. Là, un petit intermède que je vous explique l’importance de cette pompe. Ici nous avons l’eau courante, nous disons « on nous la lâche » deux ou trois heures par semaine alors quand « on nous lâche l’eau » on remplit tout ce qui est creux ou susceptible de la contenir, bassines, jerricans, carafes, verres tout y passe et si elle était potable on remplirait même nos panses. Moi j’ai une citerne d’un petit millier de litres à laquelle j’ai bidouillé une pompe électrique qui dessert la maison. Voilà vous connaissez maintenant la pompe qui a rendu l’âme depuis deux ans et qui transforme ma femme (et moi quelquefois) en colporteuse d’eau. Toute la journée à traîner des bidons de la citerne à la cuisine, à la salle de bains aux toilettes etc.… J’étais donc plongé dans mes pensées à dresser un plan pour réparer cette pompe quand mon téléphone sonne - bahri ! quel plaisir de t’entendre. Il s’appelle bahri ce qui en arabe veut dire marin et bizarrement c’en est un. Je l’ai toujours envié. Il est marin sur un remorqueur un jour et les trois jours d’après il est à la pêche sur sa petite barque. Comme c’est un bon pêcheur il pourrait vivre du produit de sa pêche s’il le voulait. Qui ne l’envierait pas ! L’assurance d’un boulot stable pour ses vieux jours et gagner de l’argent en pêchant. - Salut mohamed ça me fait plaisir de t’entendre aussi. Ca fait longtemps qu’on ne s’est pas vus. - Hé oui depuis que t’as eu la mauvaise idée de déménager on se voit de moins en moins. - Dis moi, ça te dirait une partie de pêche demain ? Une partie de pêche avec bahri ça ne se refuse pas. La pompe peut encore attendre une semaine Elle a bien attendu deux ans. Alors une semaine de plus… Quant à ma femme si j’ai la chance de prendre un mérou, poisson qu’elle adore, elle ne boudera même pas. - Et comment que ça me dirait. Tu tombes à pic j’étais justement en train de penser à quoi faire demain. - Bon ne bouge pas de chez toi. Je passe te prendre et n’achète rien j’ai préparé tout ce qu’il faut. Il parle bien sur de l’essence et de l’amorce. Il a décidé de ne pas me faire participer aux frais.C’est une invitation en quelque sorte. J’apprécie secrètement. Il sait très bien, que ça ne me gênerait pas de participer mais c’est une façon d’exprimer son estime à une personne. Je n’avais pas l’intention de vous raconter une histoire algérienne sur l’eau courante, la pêche ou le pétrole à cent dollars bien qu’à creuser un peu je pourrais lier tout ça, mais c’était surtout pour vous dire qu’au cours de cette partie de pêche à environ mille mètres de la côte j’aperçois une bouteille - Tu peux t’en approcher bahri qu’on voit ce qu’il y a dedans ? - Laisse tomber y a peut être un truc toxique. Ils ont bien changé les marins de nos temps. La pollution est passée par là et a détruit leur côté rêveur. Mais moi j’insiste. - Qu’est ce que tu me racontes là et s’il y avait une carte d’un trésor ou peut être un génie qui va exaucer nos vœux. Tu ne vas pas nous faire louper ça. Avec un large sourire il dirige la barque vers l’objet que faisait briller le soleil. - Et puis regarde comme elle est jolie cette bouteille. On n’en trouve pas des comme ça par ici. Quand la barque arrive au niveau de la bouteille je me penche et tends la main pour la cueillir tout en lançant à bahri - Si c’est un génie qu’est ce que tu vas lui demander ? - Je me contenterai d’un petit yacht. Et toi ? - Je ne vais pas être aussi exigeant que toi, moi je me contenterai d’un peu d’eau dans les robinets. C’est que je pensais toujours à la pompe que je n’ai pas réparée et si jamais je rentrais bredouille ça va barder. Le fou rire de bahri se mêla harmonieusement au silence de la mer et au ronronnement du moteur - Et tu trouves que je suis exigeant. Même celui qui a enfermé le génie dans une bouteille ne pourra pas réaliser un tel exploit. Je jette un œil à l’intérieur de la bouteille et me rends compte qu’elle contient un bout de papier - Tu peux écarter l’option du génie. Mais il reste toujours l’espoir de la carte d’un trésor - Comme ça tu pourras t’offrir une maison où l’eau coule à flot. Après avoir enlevé le bouchon de liége, j’extirpe difficilement le bout de papier qui était soigneusement enveloppé dans du plastique et entame silencieusement la lecture. - Alors... - C’est un message. Il est adressé à un certain Jacques Martin - Qu’est ce qu’il dit ? - « Dans deux heures je prends un avion pour New York. C’est pour me marier. Mais si tu décides de revenir j’annule tout » et c’est signé Cécilia. - Elle doit venir de loin cette bouteille. Qu’est ce qu’on va en faire ? - Moi je garde la bouteille je l’ai vue le premier et toi tu t’occupes du message. C’est toi le commandant de bord. - C’est bizarre quand même qu’à l’ère de l’Internet cette Cécilia lance une bouteille à la mer... Tu ne crois pas qu’un SMS aurait suffi ? On rigole un bon coup et on continue. Pendant toute la journée je n’ai pas arrêté de penser à ce Jacques Martin et cette Cécilia, ça ne m’a pas gâché la partie de pêche mais quand même. Et là j'en arrive au pourquoi de ce texte, vous devez bien vous douter que ce n’est pas pour vous parler de mes déboires avec l’eau douce ou mon plaisir à voguer sur une autre eau mais salée celle là, que j’ai écrit tout ça ; mais voilà, de ce côté ci de la méditerranée on ne connaît point de Jacques ou de Cécilia, ici tout le monde s’appelle Mohamed, Kader ou Fatima c’est donc pour ça que je fais appel à vous gens de la toile,les cybercitoyens du monde, si vous croisez cette Cécilia dites lui que sa bouteille a fini du côté d’Oran au large du cap Falcon et que son Jacques n’a aucune chance de lire son message. En espérant que ce n’est pas déjà trop tard pour eux, moi j’ai fait ce que j’ai pu et j’ai même fait le plus vite que j’ai pu.
Par GHERRAM - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 26 janvier 2008 6 26 /01 /Jan /2008 21:07
Ahmed est assis dans le noir. Il sirote un thé à la menthe en attendant les premières lueurs du jour pour pouvoir choisir dans son poulailler les poules qu'il vendra tout à l'heure au marché. Une heure après, il quitte son gourbi et descend la pente qui mène au douar, un couffin en bandoulière et un autre dans la main avec la dizaine de poules qu'il doit vendre ou troquer contre quelques marchandises.
Premier kilomètre, première rencontre. Les gardes forestiers
-          Qu'est ce que tu portes là ?
-          Juste quelques poules que j'emmène au marché.
-          Voyons voir. Elles ont l'air bien grasses tes poules qu'est ce que tu leur donnes à manger ?
-          Des bonnes graines, du son et des fois du pain sec.
-          Mais de quel droit tu te permets de dépenser des graines et du pain alors que le peuple ne trouve rien à manger. C'est du pur gaspillage et je vais te dresser un PV pour ça ! Et crois moi ça va te coûter très cher.
S'ensuit une négociation serrée et le brave Ahmed s'en tire avec deux poules et continue son chemin.
Deuxième kilomètre, deuxième rencontre. Les gendarmes.
-          Qu'est ce que tu portes là ?
-          Juste quelques poules que j'emmène au marché.
-          Voyons voir. Elles ont l'air bien grasses tes poules qu'est ce que tu leur donnes à manger ?
-          Rien de spécial. Je les laisse dans la nature des fois elles vont à la décharge des fois…
-          Quoi l'interrompit le gendarme très courroucé. La décharge ! Et après tu vas vendre ça au marché pour empoisonner le peuple. C'est un crime et je vais te dresser un PV pour ça ! Et crois moi ça va te coûter très cher.
S'ensuit une négociation serrée le brave Ahmed s'en tire avec quatre autres poules. Il hésite à continuer son chemin. Mais il doit à tout prix faire son marché et après tout se dit il « le plus dur est passé » Et il continue son chemin (de croix) vers le marché.
Troisième kilomètre, troisième rencontre. La police.
-          Qu'est ce que tu portes là ?
-          Juste quelques poules que j'emmène au marché.
-          Voyons voir. Elles ont l'air bien grasses tes poules qu'est ce que tu leur donnes à manger ?
-          Je ne m'occupe pas de leur nourriture. Je leur donne de l'argent et elles font le marché toutes seules Elles achètent ce qu'il leur plait.
Par GHERRAM - Communauté : LES COPAINS D'ABORD
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Jeudi 24 janvier 2008 4 24 /01 /Jan /2008 16:45

Ils n’étaient pas ce qu’on peut franchement appeler amis amis, mais dans cette rude contrée où il n’est pas facile de vivre il était toujours bon d’avoir un compagnon, que ce soit pour la cueillette des truffes, pour chercher du bois, pour traverser une rivière en crue ou au moins pour revenir annoncer aux vôtres que vous avez été emporté par les eaux. Ils ne sont donc pas amis mais la vie les a rendus complémentaires; voire indispensables l’un pour l’autre.

C’est pour cela que Dakia n’opposa pas une grande résistance quand Niya vint s’installer prés de chez lui, sur ce qu’il considérait comme ses terres et en vertu de la règle du premier venu. Juste une petite chicane pour signifier au nouveau que s’il tenait à rester il devait savoir qui était le patron :

-          Qui t’as permis de t’installer dans cette baraque ?

Niya ne voulant pas trop polémiquer lui répondit :

-          Je suis  juste à la recherche d’un coin tranquille, quand j’ai vu cette cabane à moitié démolie j’ai pensé qu’elle était abondonnée mais si je dérange je suis prêt à repartir.

Ce n’était pas ce que voulait vraiment Dakia. Il avait perdu son compagnon depuis quelques mois déjà et n’arrivait plus à assumer seul les dures besognes quotidiennes mais il aurait quand même apprécié que ce nouveau débarqué le suppliât de rester. Ne comprenant rien à l’attitude de cet homme, il râla un peu pour la forme et s’éloigna content, mais sans trop vouloir le montrer, d’avoir enfin quelqu’un sur qui compter, même qu’il se frotta les mains en pensant aux bras vigoureux de son nouveau voisin.

 En rentrant chez lui il avait encore ce sourire de satisfaction figé aux lèvres et ses yeux pétillaient. Sa femme qui ne l’avait pas vu sourire depuis longtemps lui lança

-          Ne te réjouis pas trop vite. Ce n’est pas sûr qu’il va être ton compagnon !

-    Qu’est ce qui te fait dire ça. C’est à peine si tu l’as vu, toi.

-          Oui mais je te connais toi. Et puis regarde il y avait déjà Hamiya qui …

-          Quoi Hamiya ! l’interrompit il  C’est moi qui ne veux pas de lui cette grande gueule.

Le voyant au bord de l’hystérie elle change habilement de sujet.

-         J’ai encore un peu de galette, et si j’allais rendre une petite visite à la nouvelle histoire de faire connaissance et… sait on jamais ils pourraient décider de partir.

 « À cause de ton accueil » aurait-elle aimé ajouter mais se retint.

Il émit un drôle de son en guise d’acquiescement. Au fond de lui il approuvait l’initiative de sa femme. Il ne tenait pas du tout à perdre ce nouveau compagnon, surtout qu’il n’avait pas l’air très emballé de rester. Il commençait à regretter son hostilité, l’autre pourrait très bien partir comme venait de le dire sa femme.

Il la regarde mettre une moitié de galette et quelques figues dans un sac en osier et sortir. Elle n’avait pas fait pas trois pas dehors qu’il entendit sa voix excitée :

-          Dakiya, viens voir vite vite!

L’empêchant de franchir la porte elle lève son menton et ses sourcils.

-          Regarde mais ne te fais pas voir.

 Il jeta un œil discret dans la direction que lui montrait sa femme et son sang se glaça dans ses veines. Hamiya et niya étaient assis à même le sol, adossés à la cabane en train de bavarder.

-          On dirait deux vieux amis lança-t-il à sa femme en faisant un pas furtif en arrière et serrant les dents.

-          Je crois même qu’il a du lui donner un coup de main pour s’installer. Les travaux de la cabane ont l’air bien avancés.

Hamiya aussi était sans compagnon depuis un bon moment. Bien que cousins, Dakiya ne lui avait jamais proposé sa compagnie et l’autre ne s’était jamais rapproché de lui. Une vieille rivalité les empêchait de s’associer. Mais si maintenant il s’entendait avec le nouveau ce serait un terrible coup pour lui.

-          Mais qu’est ce que tu attends encore ici toi. File vite voir la femme.

Il se ravisa et la rappela.

-          Attend une minute, reviens.

Il se dirige précipitamment vers le garde-manger et revient avec une autre moitié de galette, encore quelques figues et… Ô suprême sacrifice un demi litre d’huile. Elle voulut protester un peu mais se ravisa. C’est le premier élan de générosité qu’elle voit chez son mari et ça lui faisait un peu peur.

-          Voilà. Tu peux y aller maintenant et tu sais ce qu’il te reste à faire hein ! Le ton était presque menaçant.

Bien sur qu’elle savait ce qu’elle avait à faire la pauvre femme. Déployer un trésor de diplomatie et de gentillesse auprès des nouveaux venus pour gagner leur estime, celle de la femme surtout. Son mari avait vraiment besoin d’un compagnon. Elle le voyait trimer dur ces derniers temps et rentrer éreinté le soir. Il lui arrivait de ne pas accomplir certaines tâches. Oui mais pensa-t-elle s’il était moins prétentieux et un peu plus accueillant ce serait lui qui serait assis là avec le nouveau et pas Hamiya et elle aurait ainsi économisé le demi litre d’huile. En s’approchant de la cabane des nouveaux une folle pensée lui traversa l’esprit « Et si la femme de Hamiya était déjà à l’intérieur avec la nouvelle »

 

Par GHERRAM
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